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Le Burn out des soignants: 2ème partie

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Le Burn out des soignants: 2ème partie

TER'HAPPY Eugénie THEVENON Coach professionnel certifié Troyes Aube Champagne Grand Est
Publié par Eugénie Thevenon dans Actualité · Vendredi 13 Fév 2026 · Temps de lecture 15:00
Le burn out touche un très grand nombre d’individus, de tout âge et dans tous les corps de métier. Comme nous l’avons évoqué dans la première partie (relire ici) nous le retrouvons avec une fréquence plus importante dans les fonctions qui demandent un fort engagement et/ou qui sont très chargées émotionnellement, notamment dans nos professions de santé. Je vous propose donc dès à présent d’en explorer les principales causes souterraines (liste non exhaustives bien entendu).

Les origines du burnout sont multiples et les facteurs le favorisants sont de diverses natures. On retrouve des facteurs liés au travail, d’autres liés à la société et d’autres encore liés à la personne. II n’existe pas une cause unique à l’origine, mais un ensemble de paramètres qui lorsqu’ils se rencontrent et interagissent entre eux dans un contexte particulier sont possiblement des catalyseurs de combustion intérieure.
 
Le burnout n’arrive jamais d’un seul coup. Il se construit comme une érosion lente, nourrie par un ensemble de facteurs individuels, professionnels organisationnels et sociétaux qui, mis bout à bout, créent un terrain propice à l’épuisement. Le comprendre, c’est repérer les zones d’ombres où la pression s’accumule, les mettre en lumière et se saisir de celles où l’on peut agir pour ajuster ce qui peut possiblement l’être et se protéger.

 
1) Les facteurs liés au travail

Que ce soit par du trop ou trop peu de stimulations au travail, les extrêmes constituent un terreau fertile à l’épuisement. Une surcharge de travail à l’origine d’un rythme très soutenu est vectrice d’usure et d’érosion s’il n’existe pas d’espace de récupération.
  
A l’inverse un environnement peu stimulant fait naitre l’ennui et la sensation de sous-utiliser ses compétences. L’ennui s’il est chronique érode autant que l’hyperactivité. On comprend aisément la souffrance que vit une personne mise au placard. Au-delà de l’isolement (véritable torture pour l’être humain qui est un être grégaire), l’ennui conduit possiblement lui aussi à une forme d’effondrement nommé bore-out.
 
L’organisation du travail en elle-même peut être vectrice de pression. Effectivement lorsque les taches sont découpées et que l’accomplissement de celles-ci est co-dépendante des actions d’autres collègues ou d’autres services, la pression et le stress augmentent lorsque des erreurs sont faites, qu’il existe des imprévus, des retards ou que la coordination est approximative.

Illustrons par un exemple que l’on rencontre fréquemment dans nos pratiques : un patient d’un service d’admissions de psychiatrie doit impérativement être accompagné pour une IRM cérébrale dans un hôpital. Il passera son examen avec une heure de retard car l’irm a été pris d’assaut pour un patient au pronostic vital engagé du service des urgences. Le service d’où vous êtes détaché pour cet accompagnement est en effectif minimum, et la charge de travail est importante (consultations médicales, soins, distributions des médicaments, surveillances spécifiques…). Ceci a pour conséquence d’augmenter les tensions au sein de l’équipe voire de générer le sentiment de ne pas pouvoir bien faire son travail.
 
L’intrication de paramètres supplémentaires qui viennent complexifier la réalisation du travail tels que le manque de moyens de matériels ou humains sont autant de grains de sable qui viennent gripper et user les rouages accélérant les processus d’usure de la mécanique stress. Et c’est la norme du quotidien pour bon nombre de service de soins, d’EHPAD et du médico-social :

  • Une aide-soignante ne peut pas procéder à la toilette d’un patient alité car le lève malade est utilisé dans une autre chambre.
  • Un service de soins auquel il manque du matériel médical pour exercer en sécurité (appareil à ECG, nécessaire fonctionnel pour la prise de paramètres vitaux…).
  • Les services ou il manque du personnel,
  • Les arrêts de travail et les congés qui ne sont pas remplacés.
 
Chaque soignant doit alors absorber plus de patients, plus d’actes, plus de demandes. Ce qui a pour effet d’augmenter le stress, le sentiment de ne pas pouvoir effectuer un travail de qualité, abimant la motivation et conduisant possiblement à l’épuisement.

Lorsque les objectifs sont flous, mal définis ou encore inatteignables, la frustration et le sentiment d’échec ne sont jamais très loin. L’absence de clarté sur les rôles et les attentes de chacun peuvent générer de l’anxiété. Les consignes contradictoires ainsi que les injonctions paradoxales conduisent à du non-sens et rendent le travail confus et éprouvant.

Il est courant dans les services de soins de recevoir l’injonction de réduire la durée moyenne de séjour (même lorsque cela parait inapproprié de par l’état de santé du patient) et qu’en parallèle soit exigé des soignants d’améliorer la qualité des soins alors qu’ils sont dans l’impossibilité matérielle et humaine de passer le temps nécessaire au lit du patient.

Les interruptions de taches récurrentes sont également très usantes. Elles sont pourtant monnaie courante de nos professions. Elles perturbent la concentration abiment la qualité du travail et majorent considérablement le risque d’erreur.

Une infirmière est en train de préparer son tour de perfusions et soudain :

  • La sonnerie du téléphone retentie,
  • Le médecin lui demande une information,
  • L’aide-soignante l’appel en urgence car le patient de la chambre 11 va mal.

Faire de vraies pauses dans les services de soins, c’est souvent missions impossibles. Les pauses déjeuner prises sur le pouce voire oubliées sont fréquentes et corrélées à la charge de travail et au manque de personnel.

Les horaires de travail atypiques (de nuit, en équipe, en décalé) et les modifications de dernières minutes peuvent également être des facteurs favorisants l’entrée dans un mécanisme d’usure. En abimant la qualité du sommeil et les rythmes circadiens, la qualité de récupération s’en voit altérée.

On peut également penser aux changements de dernières minutes expressément demandés lors de l’arrêt d’un collègue qu’il faut remplacer (parfois en mobilisant des leviers malsains comme la culpabilité pour encourager les professionnels de santé souvent déjà fatigués à céder). Avoir des frontières poreuses entre la vie professionnelle et la vie personnelle est également un facteur de vulnérabilité.
 
Les exigences émotionnelles liées aux spécificités de nos métiers sont autant de stresseurs qui sur la durée peuvent nous épuiser. Ça peut être la rencontre de situations de non-sens : des soignants malmenés voire agressés par certains usagers irrespectueux qui ne sont plus reconnaissant de ce qu’ils reçoivent. On peut aussi penser aux pompiers victimes d’agressions et caillassés lors d’interventions.  

La confrontation répétée aux souffrances humaines est également vectrice d’une usure émotionnelle. Une fatigue compassionnelle peut s’installer, des traumatismes vicariants émergés.  

Ne pas avoir l’espace pour exprimer ses sentiments et les frustrations qui émanent des situations que nous vivons, ainsi que nos conditions de travail favorisent l’accumulation de stress et nourrissent un vécu intérieur d’émotions désagréables qui essouffle.  De la même manière, devoir dissimuler ce que l’on ressent, ou voir ses émotions niées sont autant de facteurs qui ouvrent la porte de l’épuisement. Beaucoup de soignants ne mettent pas de mots sur leur vécu et ont intuitivement des perceptions justes qui sont souvent invalidées de manière implicite par l’institution.
 
Les relations de travail sont gages de force ou de vulnérabilités. Lorsqu’elles sont dégradées elles sont responsables de vécus émotionnels douloureux et d’insécurité. Les conflits entre collègues et les rivalités facilitent l’installation d’un mal être et le désengagement humain. Le manque et l’absence de soutien de son équipe, de son supérieur hiérarchique ou encore de l’institution provoque des sentiments de solitude. Le manque de reconnaissance pour le travail réalisé quant à lui abrase la motivation et crée implicitement le doute sur la valeur des actions posées par les professionnels. Et dans la santé c’est monnaie courante.

Les situations de violences psychologiques comme vivre du mépris, des propos dégradants et/ou humiliant sont nocifs et abiment les ressources émotionnelles de l’individu. Elles peuvent créer de véritables traumatismes qui fragilisent (tout comme le harcèlement moral et sexuel). Les contextes professionnels toxiques sont de véritables catalyseurs de burnout.

La perte de sens au travail est à l’origine d’une perte de la motivation et de l’effondrement du sentiment d’être fier de soi. Véritable facteur de souffrance au travail, elle transforme la relation que nous entretenons à notre fonction et le sentiment d’utilité qu’on a pu initialement lui attribuer. La motivation s’en voit sévèrement attaquée et la fierté de soi abimée. Ne plus être en adéquation avec ses valeurs au niveau professionnel et poser des actions qui vont à l’encontre de ce qui nous meut intérieurement est générateur d’un conflit intérieur plus que couteux.
 
Illustrons ceci avec la déshumanisation que crée la financiarisation et les process extrêmes de rentabilité qui ont intrusés le cœur de nos professions de santé.

D’autres facteurs liés aux différents contextes politiques (les décisions budgétaires par exemple ou le manque de cohérence dans certains choix qui vont à l’encontre le bon sens ),aux  contextes socio-économiques, culturels, de notre société peuvent être les pourvoyeurs des différents éléments que nous avons évoqués précédemment ou se surajouter et mener à l’épuisement.


Quid des facteurs individuels ?

Nous ne sommes pas tous égaux face au stress. Il existe des différences interindividuelles qui sont observées tant en réaction aux stresseurs ainsi qu’aux quantités d’hormones de stress sécrétées pour s’adapter. Plusieurs paramètres influencent ces différences :
  • Génétiques et développementales : notamment lors des expériences de l’enfance et  des interactions précoces
  • Certains types de personnalité et certains traits comme le perfectionnisme, un fort besoin de contrôle, un névrosisme élevé…
  • L’environnement
  • Le niveau de santé de la personne
 
2) Les facteurs liés à la personne :

Ce sont souvent les grandes qualités professionnelles qui, poussées à l'extrême dans un contexte qui le permet, deviennent des facteurs de vulnérabilité. Même si personne n’est à l’abri de développer un syndrome d’épuisement professionnel, certaines caractéristiques personnelles peuvent accroître le risque de développer un burn-out :
  • Un surinvestissement dans le travail au détriment des autres sphères de la vie.
  • Un très haut degré perfectionnisme avec des standards personnels très élevés, une intolérance à l'erreur, un souci du détail exacerbé à l’extrême. Avoir des exigences élevées n’est pas mal en soi. Dans le domaine de la santé, des exigences couplées à la rigueur garantissent une forme de sécurité dans les soins. Mais quand les conditions et l’environnement professionnel ne permettent pas de matérialiser ces exigences, ou qu'elles sont démesurées et que la personne n’est pas en mesure de prendre du recul, un sentiment de frustration chronique et une culpabilité émergente, usent avec le temps la personne qui la ressent.
  • Un besoin important de reconnaissance vulnérabilise et rend l'estime de soi dépendante du regard d'autrui. Dans un contexte de manque de reconnaissance chronique ( ce qui est une réalité dans le domaine de la santé) ce besoin non satisfait génère une souffrance particulière, pouvant entrainer un surinvestissement compensatoire qui érode au bout d’un certain temps.
  • Une faible estime de soi
  • La peur intense du rejet
  • L’autocritique exacerbée
  • L’incapacité à faire confiance aux autres
  • Le syndrome du « sauveur »
  • Des vulnérabilités acquises au cours de la vie (tels que des troubles de l’attachement, des traumatismes non résolus, des troubles anxieux, de l’humeur…)
                 
Le sens du devoir hypertrophié fait porter au soignant une responsabilité excessive de tout et de tous avec un vécu de culpabilité envahissant pour les évènements dysfonctionnels qui ne dépendent pas de lui. Cette pression psychologique permanente est insoutenable sur la durée.
 
L'idéalisme et l'engagement fort créent une vision élevée du métier et des valeurs professionnelles exigeantes. L'écart entre cet idéal et la réalité terrain que l’on connait bien peut être responsable d’une crise de sens majeure. La personne a le sentiment de trahir les valeurs qui la portent.

L'empathie très développée, qualité essentielle au soin, devient toxique si elle est « trop ». Sans régulation et sans prise de distance, elle conduit à absorber encore et encore la souffrance des patients, faisant de cette qualité un adjuvant propice à l’épuisement émotionnel.
 
Le surinvestissement professionnel se traduit par une place centrale du travail dans la vie, souvent au détriment des autres dimensions (famille, amis, loisirs). Quand le travail devient source de souffrance, ce sont les fondations de la vie de la personne et son identité de qui sont chamboulées.

La difficulté à poser des limites se manifeste par une incapacité à dire non, une acceptation systématique des demandes (heures supplémentaires, rappels), une peur de décevoir. Cette disponibilité excessive conduit au dépassement chronique des capacités l’individu et à l'épuisement.

Arrêtons-nous un instant pour zoomer sur :  

Sous couvert des valeurs qui meuvent la majorité des soignants, nous devrions être corvéables et aller au-delà de soi, sans avoir un retour juste en échange, sans réelle reconnaissance et respect pour la valeur de ce qui est donné. La représentation de « la vocation » comme qualité sacrificielle, est encore très présente dans l’inconscient collectif et imprègne très fortement la culture de la santé. Cette idée noble de départ qu’est la vocation à servir qui plus est l’humain, a été un levier pour faire accepter et intégrer l’oubli de soi comme une normalité et un devoir pour les professionnels de santé notamment le corps infirmier.
 
Si vous n’apprenez pas à poser des limites, les autres en profiterons et l’institution aussi. L’idée n’est pas de rentrer dans un rapport de force, ni dans des jeux de pouvoirs malsains et encore moins dans une rigidité qui empêche l’intelligence de rendre service et de dépanner mais de trouver un équilibre juste et sain. Nous avons besoin l’institution et l’institution a besoin de nous. Redéfinir des limites plus justes qui respectent l’intégrité soignante, inclure des paramètres de respect et de reconnaissance saine pour honorer à sa juste valeur le travail que nous délivrons et la valeur que nous créons à la hauteur du service que nous rendons à la société sont autant de pistes à creuser sur lesquelles il semble pertinent de se pencher.

Mise en perspectives de quelques leviers motivationnels pas très écologiques :

Il est important d’avoir à l’esprit que les comportements ainsi que les traits de personnalités qui s’expriment et que nous adoptons sont très largement influencés par le contexte, l’environnement, le groupe et son degré de maturité, le management, la culture de l’institution et aussi ce qui est autorisé ou non implicitement.

Tout comme les plantes ont besoin d’eau pour vivre, l’être humain à besoin de reconnaissance. Selon son développement et son parcours de vie, s’il en a manqué ou s’il y est très sensible, ce besoin humain peut être un levier motivationnel « surexploité » par le manager ou l’organisation pour convaincre la personne de répondre aux besoins de l’institution sans prendre en compte ce que ça implique pour elle.  
 
Lorsque le fort investissement dans le travail est valorisé et récompensé, il est naturel de vouloir continuer à s’investir intensément. Attention toutefois aux processus manipulatoires, qui sous couvert d’une bonne intention conduisent à utiliser les gens en appuyant sur leurs vulnérabilités ou leurs failles (vouloir absolument être reconnu, être le meilleur, avoir l’approbation de son supérieur, vouloir être parfait, les process de rivalités …) pour les orienter dans la direction qu’on pense souhaitable pour l’institution au détriment de ce qui est bon pour eux. De mon point de vue ce n’est ni éthique, ni respectueux, et contre-productif des dynamiques saines d’un groupe mature. Même si effectivement ça permet le passage à l’action en mobilisant des ressources émotionnelles fortes, ça insécurise, aliène aussi parfois, limite le champ de la créativité et l’expression talents et des possibles à long terme dans le groupe. Les dynamiques relationnelles dysfonctionnelles ont elles aussi leur lot de « prix à payer » et de toxicité.
 
En conclusion :

Nous venons d’explorer certains des facteurs qui peuvent conduire au burn-out. Entre les exigences émotionnelles de nos missions de soignants, certains traits de personnalités individuels, nos vulnérabilités personnelles, la surcharge de travail, le manque de moyens, les injonctions paradoxales, l’industrialisation de notre système de santé qui marchandise l’offre de soins et place la rentabilité matérielle immédiate au cœur de sa politique (au détriment des fondamentaux) la perte de sens pour certains d’entre nous n’est pas loin.

Mais alors, que faire lorsqu’épuisé nous sentons notre équilibre vaciller ? C’est ce que je vous propose d’explorer dans la 3ème partie de cette thématique.


Pour aller plus loin :

  • Burn Out: le syndrome d'épuisement professionnel - Christina Maslach Michael P Leiter
  • Le burn-out du soignant,  Le syndrome d'épuisement professionnel - Michel Delbrouck
  • Comment traiter le burn out ? Michel Delbrouck, Pascale Vénara, François Goulet, Roger Ladouceur
  • Formation "Le stress" - Formations Psy : Formation continue en psychologie



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